- Prêt à être cramé ?
Un rictus ne cachait pas le plaisir que celui-ci prenait à m'annoncer que mon heure approchait à grand pas. Sans attendre de réponse de ma part, que je n'aurai, quoi qu'il en soit, pas fourni, le Cro-Magnon me fit signe de le suivre. Me levant, douloureusement, je m'approchai d'un pas lent et traînant de la porte. L'ours me menotta, referma derrière moi la grille de métal et me poussa à travers le couloir. Peu rassuré, je ne pus empêcher mes membres de trembler. Mon corps tout entier était pris de secousses incontrôlables. Qu'allait-il m'arriver ? Où allait-on ainsi ? Toutes ses questions n'allaient pas rester longtemps insolubles. J'étais là de mon questionnement quand le maton me poussa une fois de plus… mais cette fois-ci, au lieu d'avancer dans le couloir, je m'écrasai lourdement contre une porte de fer.
Etourdi, je mis quelques instants avant de reprendre mes esprits. Je secouai vigoureusement la tête, comme pour remettre en place quelques pièces de ma mécanique cérébrale disséminées par le choc, avant d'appuyer sur la clenche. Mes yeux, encore habitués à l'obscurité des couloirs mirent un temps à s'adapter à cette vive lumière qui venait de les agresser sans ménagement. Avant même de pouvoir savoir où je me trouvai, des hurlements de foule me firent rapidement comprendre que j'étais loin d'être seul avec mon bourreau.
Peu à peu, mes pupilles se rétractèrent, je distinguai foule de couleurs, dont les contours devinrent bientôt net… les cris du public étaient pour moi. Tous les visages, ou presque, me regardaient fixement, scandant des "mort aux hérétiques" répétitif, indécent, imperturbablement rythmé… Traversant la cour du poste de police, toujours poussé par le Cro-Magnon, j'arrivai en bas d'une estrade sur laquelle étaient montés trois bûchers. Mes frémissements s'intensifièrent… le mot cramer était donc à prendre au sens propre… J'allais finir brûlé devant des centaines de gens qui n'attendaient que ça.
Observant autour de moi, cherchant une échappatoire, mon regard croisa ceux de deux personnes semblant être dans une situation semblable à la mienne. La première était une vieille femme au yeux vides et à l'air cadavérique. Ce bref échange me glaça le sang… La seconde était plus jeune la trentaine, peut-être moins. Me fixant de ses grands yeux sombre, elle sembla, l'espace d'un instant, me supplier de faire quelque chose.
Quelque chose ? Oui mais quoi ? Je n'étais pas en meilleur position qu'elle… Dans l'état d'angoisse dans lequel je me trouvais actuellement, je n'étais même pas capable de bouger. D'ailleurs, une nouvelle caresse de mon bourreau me força à grimper les trois escaliers qui me séparaient encore du haut du podium.
Là, trois policiers nous attendaient, deux d'entre eux s'emparèrent de mes compatriotes féminines et les attachèrent à deux poteaux situé de part et d'autre de celui sur lequel on me ficelait déjà. Les liens sur mes poignets étaient si étroits que le sang arrêta d'irriguer mes doigts qui ne tardèrent pas à s'engourdir.
Mon apolon était là, lui aussi. Debout sur la scène il adressa un geste explicite à notre public . L'assemblée ne tarda pas à comprendre ce qui lui était demandé, le brouhaha s'estompa et finit par complètement s'éteindre. Je ne pus m'empêcher d'être pris d'une admiration certaine pour l'homme qui se tenait là, dos à moi.
- Comme vous le savez, les sorciers sont des vermines qui prolifèrent, se reproduisent, pourrissent et hantent les rues de notre pays. Mais n'ayez crainte. Nous sommes là ! Tant que nous vivrons, nous n'aurons de cesse d'éradiquer ces païens. Nous nous assurerons que très bientôt, vous pourrez continuer à élever vos enfants sans la crainte que votre famille ait un jour à faire à ces créatures dénuées d'humanité. N'ayez crainte.. tant qu'ils serons là, nous les traquerons.
La petite prestation, dûment filmée par une bonne vingtaine de caméra, fut accueillit par une salve d'applaudissement. Puis la foule repris son chant, scandant toujours aussi inlassablement ces paroles : "mort aux hérétiques". Je me surpris même, l'espace d'un instant, à me répéter ces mêmes mots, comme le refrain d'une chanson populaire qui vous entre dans le crâne et dont vous avez du mal à vous détacher .
Le policier qui s'occupait de moi trempa une torche dans un baril d'essence, vida le reste du contenu à mes pieds et alluma son briquet. A l'instant où il approcha la flamme du tissus imbibé du liquide inflammable, un "wouf" caractéristique retentit à mes oreilles, me faisant sursauter… Un :
- Adieu l'ami !
Ironique résonna et l'homme jeta le flambeau sur le sol. Instantanément, tout prit feu… une vague de chaleur me happa entièrement… A cet instant, j'aurais voulu hurler ma douleur, ma colère, leur bêtise… mais aucun son ne passa le seuil de mes lèvres. Je ne pouvais que me tordre de souffrance…
- Daniels !
- …
- Daniels !
Me réveillant en sursaut, en sueur, je mis quelques instant à reprendre mes esprits. Mon rêve avait été si réel, si terrifiant… Levant les yeux, je sentis un frisson me remonter le long de la colonne vertébral quand je distinguai l'hirsute planté à l'entrée de ma geôle.
(La suite n'est pas pour tout de suite à cause de quelques soucis informatique =/)

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