Lundi 30 juin 2008
Le même bruit sourd que celui que j'avais entendu la veille me réveilla brusquement. Je ne tardai pas à reconnaître, dans la pénombre, le néandertalien. M'asseyant rapidement sur ma paillasse, je le dévisageai sans un bruit. Le silence ne tarda cependant pas à être brisé par la voix grave et bourrue de l'homme :

 - Prêt à être cramé ?

Un rictus ne cachait pas le plaisir que celui-ci prenait à m'annoncer que mon heure approchait à grand pas. Sans attendre de réponse de ma part, que je n'aurai, quoi qu'il en soit, pas fourni, le Cro-Magnon me  fit signe de le suivre. Me levant, douloureusement, je m'approchai d'un pas lent et traînant de la porte. L'ours me menotta, referma derrière moi la grille de métal et me poussa à travers le couloir. Peu rassuré, je ne pus empêcher mes membres de trembler. Mon corps tout entier était pris de secousses incontrôlables. Qu'allait-il m'arriver ? Où allait-on ainsi ? Toutes ses questions n'allaient pas rester longtemps insolubles. J'étais là de mon questionnement quand le maton me poussa une fois de plus… mais cette fois-ci, au lieu d'avancer dans le couloir, je m'écrasai lourdement contre une porte de fer.  

Etourdi, je mis quelques instants avant de reprendre mes esprits. Je secouai vigoureusement la tête, comme pour remettre en place quelques pièces de ma mécanique cérébrale disséminées par le choc, avant d'appuyer sur la clenche.  Mes yeux, encore habitués à l'obscurité des couloirs mirent un temps à s'adapter à cette vive lumière qui venait de les agresser sans ménagement. Avant même de pouvoir savoir où je me trouvai, des hurlements de foule me firent rapidement comprendre que j'étais loin d'être seul avec mon bourreau.

Peu à peu, mes pupilles se rétractèrent, je distinguai foule de couleurs, dont les contours devinrent bientôt net… les cris du public étaient pour moi. Tous les visages, ou presque, me regardaient fixement, scandant des "mort aux hérétiques" répétitif, indécent, imperturbablement rythmé… Traversant la cour du poste de police, toujours poussé par le Cro-Magnon, j'arrivai en bas d'une estrade sur laquelle étaient montés trois bûchers. Mes frémissements s'intensifièrent… le mot cramer était donc à prendre au sens propre… J'allais finir brûlé devant des centaines de gens qui n'attendaient que ça.

Observant autour de moi, cherchant une échappatoire, mon regard croisa ceux de deux personnes semblant être dans une situation semblable à la mienne. La première était une vieille femme au yeux vides et à l'air cadavérique. Ce bref échange me glaça le sang… La seconde  était plus jeune la trentaine, peut-être moins. Me fixant de ses grands yeux sombre, elle sembla, l'espace d'un instant, me supplier de faire quelque chose.

Quelque chose ? Oui mais quoi ? Je n'étais pas en meilleur position qu'elle… Dans l'état d'angoisse dans lequel je me trouvais actuellement, je n'étais même pas capable de bouger. D'ailleurs, une nouvelle caresse de mon bourreau me força à grimper les trois escaliers qui me séparaient encore du haut du podium.

Là, trois policiers nous attendaient, deux d'entre eux s'emparèrent de mes compatriotes féminines et les attachèrent à deux poteaux situé de part et d'autre de  celui sur lequel on me ficelait déjà. Les liens sur mes poignets étaient si étroits que le sang arrêta d'irriguer mes doigts qui ne tardèrent pas à s'engourdir.

Mon apolon était là, lui aussi. Debout sur la scène il adressa un geste explicite à notre public . L'assemblée ne tarda pas à comprendre ce qui lui était demandé, le brouhaha s'estompa et finit par complètement s'éteindre. Je ne pus m'empêcher d'être pris d'une admiration certaine pour l'homme qui se tenait là, dos à moi.

 - Comme vous le savez, les sorciers sont des vermines qui prolifèrent, se reproduisent, pourrissent et hantent les rues de notre pays. Mais n'ayez crainte. Nous sommes là ! Tant que nous vivrons, nous n'aurons de cesse d'éradiquer ces païens. Nous nous assurerons que très bientôt, vous pourrez continuer à élever vos enfants sans la crainte que votre famille ait un jour à faire à ces créatures dénuées d'humanité. N'ayez crainte.. tant qu'ils serons là, nous les traquerons.

La petite prestation, dûment filmée par une bonne vingtaine de caméra, fut accueillit par une salve d'applaudissement. Puis la foule repris son chant, scandant toujours aussi inlassablement ces paroles : "mort aux hérétiques". Je me surpris même, l'espace d'un instant, à me répéter ces mêmes mots, comme le refrain d'une chanson populaire qui vous entre dans le crâne et dont vous avez du mal à vous détacher .

Le policier qui s'occupait de moi trempa une torche dans un baril d'essence, vida le reste du contenu à mes pieds et alluma son briquet. A l'instant où il approcha la flamme du tissus imbibé du liquide inflammable, un "wouf" caractéristique retentit à mes oreilles, me faisant sursauter… Un :

 - Adieu l'ami !

Ironique résonna et l'homme jeta le flambeau sur le sol. Instantanément, tout prit feu… une vague de chaleur me happa entièrement… A cet instant, j'aurais voulu hurler ma douleur, ma colère, leur bêtise… mais aucun son ne passa le seuil de mes lèvres. Je ne pouvais que me tordre de souffrance…

 - Daniels !

 - …

 - Daniels !

Me réveillant en sursaut, en sueur, je mis quelques instant à reprendre mes esprits. Mon rêve avait été si réel, si terrifiant… Levant les yeux, je sentis un frisson me remonter le long de la colonne vertébral quand je distinguai l'hirsute planté à l'entrée de ma geôle.

(La suite n'est pas pour tout de suite à cause de quelques soucis informatique =/)


Par Nithael - Communauté : Au fil des mots
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Lundi 30 juin 2008
Une main sur mon épaule me força soudainement à me retourner :

 - Je vous arrête pour port d'arme illégale.

Eberlué, je contemplai celui qui venait de prononcer ces paroles, un flic, la trentaine, un beau basané comme on en fait plus, de grands yeux bien sombre surmontés de fins sourcils, à la carrure imposante. Il se saisit du bout de bois que j'avais au creux de la main sans aucune douceur et me poussa promptement dans la voiture garée sur le trottoir, derrière nous.

Immobile, sur le siège arrière de la bagnole, je jetai de vague  coup d'œils au chauffeur à travers le rétro : un gars tellement pileux  qu'il était quasi impossible de deviner quoi que ce soit à travers sa barbe digne d'un père noël millénaire. Je me surpris même à me demander où était le côté pile et le côté face de la bête. Le monstre étouffa un rire gras, en réponse à une remarque de son coéquipier, quand l'auto déboula dans la cour du commissariat, se gara… ou plutôt posa la bagnole comme une vulgaire merde dans un tas de purin et sortit du véhicule… Les amortisseurs firent tressauter la carcasse, signifiant leur bonheur d'être libéré d'un tel poids.

C'est encore le bronzé qui s'occupa de moi, au petit soin, il m'ouvrit la porte comme l'eut fait un gentleman… ou presque :

 - T'attends quoi pour descendre ?

Me beugla t'il en me tirant violemment hors de mon déjà regretté carrosse.
Nous pénétrions dans le bâtiment faisant office de poulailler quand un collègue, que je n'eut ni le temps ni l'envie de voir, apostropha mon hôte :

 - Encore un d'ses païens ?
 - Ouais, on va finir par vider l'Angleterre d'sa population !

Païen ? Je haussai des épaules et suivait mécaniquement le maton dans une pièce que j'aurais facilement pu qualifier d'austère. Une chaise m'y était entièrement réservée. L'homme m'y installa avec sa douceur habituelle avant de me jauger du regard… yeux dans les yeux, nous nous regardions avec une admiration et un amour sans borne quand nous fûmes interrompus par l'entrée fracassante du Cro-magnon armé d'un ordinateur de poche. C'est lui qui pris la parole le premier :

 - Nom !

Je le dévisageai un court instant avant de comprendre qu'il ne répondait pas par la négative à une quelconque interrogation mais bien qu'il s'adressait à moi pour me demander mon identité… Etrangement, je n'avais pas de réponse à sa question. Me doutant cependant que le néandertalien n'était pas magnanime je cherchai quelque chose qui eut pu paraître crédible à ses yeux. Fouillant imperceptiblement la pièce du regard, je m'arrêtai sur une affiche défraîchie :

 - Daniels Jack !

J'étais bon prince, je lui faisais économisé ses mots apparemment très précieux et lui offrait un prénom en prime :

 - Lequel est le prénom ?

Brama l'apollon imberbe… Ce à quoi j'aurais facilement répondu que c'était à eux d'en décider, mais j'aurais ainsi perdu toute crédibilité :

 - Jack

 - Date de naissance, repris le barbu.

La, je séchai plus que les chaussettes de l'archiduchesse… j'aurais pu répondre au pif, comme pour le reste, mais je ne savais même pas en quelle année nous étions, alors comment aurais-je pus m'inventer une date de naissance ?

 - Inconnu, j'ai été trouvé dans la rue, mais j'ai approximativement 33 années.

Je guettai la réaction de mes bourreaux. Celle-ci ne se fit pas attendre, apparemment, je ne faisais pas mon age… mais aucun ne fit de remarque. Cro-magnon se contenta de tapoter sur les touches de son clavier… Impressionnante bête, à la voir, comme ça, je n'aurais jamais pu deviner qu'elle savait écrire.

 - Que faisiez-vous avec une baguette à la main ?

Encore une question piège à laquelle je répondis, cette fois-ci, sans prendre la peine de réfléchir :

 - Je revenais de la boulangerie.

Je n'eus pas le temps de me rendre compte de l'impact que ma boutade avait eut sur eux que celui de la patte du poilu contre ma joue me fit lourdement basculer de ma chaise. Revenu à son écran l'instant suivant, il tapota brièvement sur sa machine, un bruit d'impression se fit entendre et un grand tampon fit apparaître les lettres ARCHIVÉ, en rouge au dessus de l'endroit où était inscrit mes noms et prénoms… ou du moins, ceux que j'avais choisit :

 - Tu sais ce que ça veut dire ? Tu vas être cramé.

Le rire gras repris comme à l'instant où on était arrivé au poste. Je n'eut pas le temps de me demander si le mot "cramé" était issu d'un jargon policier quelconque qu'on me traînai hors de la pièce aussi délicatement qu'on m'y avait emmené. On me fit enlever lacets, ceinture et touts autres objets jugés comme "dangereux" et on me poussa dans ce qui ressemblait de près comme de loin à une cellule : un éclairage douteux, une paillasse de grand luxe, des toilettes à la turc… une suite nuptiale en somme.

A peine eus-je franchit le seuil de la pièce qu'un bruit métallique me signifia que j'étais enfermé. Les bruits de pas du gardien s'éloignèrent, j'étais enfin tranquille. Cet instant de solitude fit naître en moi une vague de fatigue inévitable. Sans attendre, je m'installai sur mon lit d'infortune et ne tardai pas à sombrer dans un lourd sommeil.

Par Nithael - Communauté : Au fil des mots
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Vendredi 21 septembre 2007

Il y a des jours où rien ne va, où l'on se dit que l'on aurait jamais du mettre un pied à terre à l'instant où les diodes du réveil indiquaient le contraire. Ces jours où on aimerait être à bord de la DeLorean pour chercher où tout à foiré, où l'on se dit que putain, on rêverait d'avoir la chance de faire mieux. Ce réveil on l'a tous vécut un jour ou l'autre. Enfant c'était une grosse bêtise qu'on voulait corriger.. en vieillissant, c'est des éléments de notre vie. Beaucoup de facteurs peuvent engendrer ce genre de pensées. Un rien peut nous faire flancher. Une intonation mal placée, un geste absent, une parole non comprise d'ou découle une remise en question, une foule d'interrogations qui ne font rien d'autre que s'insinuer dans une plaie déjà béante.

Pour moi, c'était leurs regards plein de mépris. Ne vous a t'on jamais dit que les études n'étaient en rien une preuve ?  Peut-être aurais-je dut les écouter et chercher à obtenir la fameuse clé… celle qui ouvre toute les portes dit-on. Mais à quoi bon avoir la clef lorsqu'on ne sait quelle porte pousser ?

Et puis, comme on a flanché on se relève… tout aussi facilement. On se dit que même si tout n'est pas parfait, rien n'est immuable que ce n'est pas en pleurant que les choses avancerons.

Pourquoi l'être humain est-il si changeant ?

Par Nithael - Communauté : Au fil des mots
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