Tu arrives bientôt au bout du rouleau, de la bobine. Les bouteilles se vident, il est encore temps de remonter à la surface… ne te noie pas, ne crève pas avant que je l'aie décidé, Amour.
Acte 1
Dans mon armature de fer, j'observe le paysage défiler tantôt ville, tantôt campagne… face à moi, un homme, la cinquantaine… il me jette, de temps à
autre de furtifs regards avant d'entamer une conversation : "l'interdiction du tabagisme dans les trains"… je l'écoute vaguement, lui répond succinctement… la discussion ne m'intéresse que
peu.
Nous arrivons en gare, je descends en veillant de n'avoir rien oublié dans le train comme me le conseil la voix dans le haut-parleur. Après avoir esquissé quelques pas sur le quai, je m'arrête,
attendant mon guide du jour. Il arrivera quelques minutes plus tard.
Cette ville, je la
connais de mieux en mieux mais prend un malin plaisir à jouer la touriste perdue, avide d'en découvrir les moindres recoins.
Nos pas nous mènent rapidement à la vieille ville, animée, ensoleillée… en un mot, agréable.
Il me fait découvrir les endroits qu'il fréquente, me parle de ses habitudes… il parle, je l'écoute sans émettre l'envie de
l'interrompre. Cathédrale, salon de thé, vieilles librairies… il guide mes pas et me conduit vers les endroits les plus agréables de la ville, finissant notre course dans un jardin à l'écart de
la circulation, un lieu encore vierge des arrivées massives de touristes… un jardin "secret" en quelque sorte, nous y resterons un long moment y guettant le couché du soleil avant que mon guide
me reconduise à la gare…
Acte 2
15h32, son train arrive en gare, je suis là, sur le quai… aujourd'hui, les rôles sont inversés, le chef d'orchestre, c'est moi. Le tour de la ville se
fait rapidement, elle est petite, plus commerçante que touristique… nous terminons notre course chez moi autour d'un bon café guatémaltèque, je parle, il m'écoute… son regard, posé sur moi,
reflet de ses désirs ne tarde pas à me charmer… la distance qui nous sépare faiblis imperceptiblement jusqu'à ce que…
Nous sommes dans les bras l'un de l'autre, une étreinte timide, forte et douce à la fois… un baiser passionné, tout va très vite.
Pourquoi? Il n'a pourtant rien de particulier pour me plaire, il n'est pas très beau, pas très intéressant, n'a pas de charmes particuliers… simple désir charnel incontrôlé,
incontrôlable?
Ses mains me parcourent, me griffent, l'excitation monte, ses mouvements deviennent brusques, agressifs. D'habitude, les rênes sont entre mes mains… là, je ne suis qu'un pantin entre ses ongles
qui me brûlent le dos.
Une peur naît, je me vois allongée sur ce canapé, mon père m'évitant le moindre geste, sa main crispée sur mon cou.
Alors qu'il me bloque contre le mur, ses mains glissent le long de mes poignets, je suis privée de tous mouvements… où est passé le garçon sage avec qui j'avais passé mon après midi la
veille?
Sa bouche parcourt mon cou, me mord, je lui murmure d'arrêter, de me lâcher… mes supplications sont inutiles, il semble au point de non-retour.
Alors qu'il lève enfin les yeux sur moi, il ne tarde pas à lire la peur sur mes traits crispés… il me relâche doucement et
devient autre, la tendresse personnifiée.
Nous sommes sur mon divan, sa langue me
parcoure en surface, en profondeur, mes membres s'engourdissent, mon corps s'appesantit alors que mon esprit est à l'apogée du plaisir, il ne s'arrête pas là, il est maintenant en moi..
Acte 3
Je le raccompagne à la gare avant de rentrer chez moi, la panique me gagne peu après son départ… la déchirure dans le fin film de latex hante mon
esprit… je tente de l'oublier en vain… de nombreuses questions me torturent.
Il est minuit, je décide de mettre fin à ses questions et me dirige vers les urgences de l'hôpital qui se trouve, par chance, à 2 minutes de chez moi… petit hôpital, je suis rapidement reçue par
une infirmière à qui j'explique la situation:
"Si vous aviez été contaminé par quelconque virus, il serait bien trop tard pour faire quoi que ce soit…"
J'insiste lourdement, elle consent à appeler un hôpital plus adapté à ma "situation"… leur réponse est sans appel, je dois m'y rendre au plus vite
pour entamer une trithérapie…
Après avoir fais le tour des taxis de la ville, je trouve enfin quelqu'un qui accepte de m'y conduire, le chauffeur semble comprendre mon inquiétude et parcourt la voie rapide à une vitesse
impressionnante.
Arrivés aux urgences, il me glisse son numéro de téléphone,
m'insistant à ne pas hésiter à l'appeler pour le retour, me demandant de ne pas faire savoir à son patron qu'il m'a donné ses coordonnées.
Il est 2h lorsque je pénètre dans le service des urgences. Des infirmiers me font patienter après m'avoir questionné une dizaine
de minutes… la fatigue me gagne, je tourne en rond, attend que l'on s'occupe de moi… dans la salle d'à coté, une femme… elle hurle, l'égorgerait-on? Les infirmiers tentent de la calmer, mon
stress ne fait que croître… d'après ce que j'entends, elle est "victime" de la maladie d'alzheimer… Egoïste que je suis, je tente d'oublier sa présence, ses hurlements:
"Mademoiselle?"
La voix de l'infirmière raisonne dans la salle d'attente des cauchemars… je la suis silencieusement, me voilà dans une pièce minuscule… elle prend ma
tension, incroyablement faible dit-elle… pourquoi cela ne m'étonne t'il pas? Prise de sang, elle me demande ce qui leur vaut cette visite (de courtoisie?). Bien évidemment, elle le sait, je
répète une fois de plus ma situation, ma voix est lasse, faible… elle note deux ou trois choses, demande des précisions et sort, me laissant seule.
Quelques instant plus tard, le chef de service arrive, me pose questionne à son tour, je suis une fois de plus isolée. Les jeux des allés-retours durent un moment avant qu'un médecin
arrive.
Il crie après l'infirmière, m'interroge, élève la voix… je n'ai pas le courage
de rétorquer, il finit par me demander si je suis sûre de vouloir entamer une trithérapie… m'avertissant de la lourdeur du traitement, des effets indésirables… ils sont nombreux, contraignants…
paraîtrait-il qu'il pourrait me clouer au lit de temps à autre… :
"Qu'est-ce qu'un mois de traitements difficiles comparé à une vie bousillée par le VIH?"
Il consent à me donner ce qu'il faut… me demandant de me rendre au pavillon des maladies infectieuses le lendemain… le mot "lendemain" me fait
sourire…
Il est 4heure du matin, je sors enfin de l'hôpital, appel "mon" chauffeur de taxi, sur le chemin du retour, les cachets commencent à faire effets… migraine, nausée… j'arrive enfin chez
moi.
La nuit est longue, je ne trouve pas le sommeil. De nombreuses questions
s'imposent à moi dont une majorité resteront sans réponses. L'angoisse ne me quitte plus. Peut être aurais-je été angoissée pour rien. Peut être aurais-je été paranoïaque... mais la peur m'avait
pousser jusqu'à la porte de cet hôpital, la peur m'avait poussé à écouter ce médecin jusqu'au bout lorsqu'il me prenait pour une folle... c'est cette même peur qui m'avait forcé à rester bien
sagement assis dans cet obscure cabinet lorsqu'il essayait de me faire passer pour une détraqué, une malade mentale... je n'allais pas faiblir maintenant. Et où était il, lui, lorsque je me
rongeais les doigts jusqu'au sang. Etais-je la seule à m'en inquiéter ?
Acte 4
Une nuit de veille, un bref passage à la pharmacie où je demande le plus discrètement possible une "pilule du lendemain" et me voilà dans le pavillon
15 de l'hôpital, section dépistage. Après quelques minutes d'attente, un médecin me reçoit. Ai-je demandé à mon partenaire de se faire dépister afin de m'enlever toutes craintes et m'éviter ce
lourd traitements? … Que croit-il? Bien sûr que je l'ai fait… avant même de le raccompagner à son train… la seule réponse qu'il a été capable de me donner fût:
"Ne t'inquiète pas je me suis lavé ce matin"
Stupide créature. Il me prévient une fois de plus des inconvénients du traitement… peut m'importe. Je veux pouvoir me dire que tout ceci n'aura été qu'une erreur de jeunesse sans conséquence. J'ai rendez-vous dans quinze jours pour une nouvelle prise de sang, puis dans un mois… toute cette histoire finira dans sept mois…
La fête bat son plein, des volutes de musiques s'élèvent pour se perdre dans l'air alors que nous nous éloignons…
Nous traversons silencieusement rues et places pour enfin arriver dans le parking où nous avions laissé, un instant plus tôt dans la soirée, sa voiture. Il m'ouvre la portière, laissant discrètement sa main frôler mes épaules... un frisson glisse le long de ma colonne vertébrale. Je me retourne, son regard plongé dans le mien, mélange de désir et de tendresse, me fait fondre. Il ouvre la bouche, s'apprête parler mais mes lèvres scellent maintenant les siennes.
Quelques pas, il est coincé entre le poids de mon corps et le mur. Mes mains descendent doucement le long de son torse pour s'arrêter vers ses intimités, franchissant avec agilité ces entraves de tissus. Ma langue caresse la sienne alors que mes doigts froids glissent le long de son anatomie qui durcit contre ma cuisse. Ils s'affairent, remontent pour défaire le bouton de son jean maintenant devenu trop petit… un véritable étau. Dans un souffle, il me supplie d'arrêter, je n'entends rien à ses conjurations et glisse le long de son corps pour me lancer dans un entretient désinvolte avec ses attributs. Ses soubresauts, ses tremblements, son souffle qui s'accélère, il me supplie une dernière fois avant que tout soit dit…
Son regard se plonge dans le mien alors que je me relève, esquissant un sourire mi-gourmand mi-amusé.
La portière de la voiture est encore ouverte, je m'installe sans un mot sur le fauteuil passager, il reste interdit un instant avant de contourner silencieusement la voiture et de s'installer au volant. Sa main glisse le long de ma cuisse, il tourne la clef, le moteur vrombit. Quelques minutes s'écoulent, nous voilà devant chez moi.
Téléphone à la main, il appel sa femme pour lui annoncer qu'il ne rentrerait pas ce soir… Elle sait tout mais ne dit rien, nous pénétrons dans mon appartement la lumière restera éteinte, ses mains m'enserrent alors que je mets de la musique, je peux déjà sentir son désir enfler contre mes fesses. La nuit nous appartient, notre sommeil sera de bien courte durée.
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