14h00 sonne, c'est à notre tour d'entrer sur scène. Nous préparons tous trois nos documents nécessaires et frappons à la porte de la
pièce dans laquelle tout va se dérouler. Nous ne tardons cependant pas à être refoulé:
"Nous viendrons vous chercher" nous disent-ils
Les deux garçons sont stressés, ils révisent, relisent leur texte se demandant s'il ne serait pas mieux de dire telle chose avant telle autre. Je les observe, silencieuse un léger sourire amusé
s'est dessiné au coin de mes lèvres. Le temps passe, la porte s'ouvre enfin.
"Entrez"
Un seul mot retentit dans le couloir maintenant silencieux. L'homme qui l'a prononcé? La cinquantaine. Son crane reflète les vestiges des années qu'il a vécu. Son dos est légèrement voûté et sa
démarche un peu claudicante. Je jette un œil aux garçons, ils n'ont pas bougé. Soit. Je serais la première à pénétrer dans ce petit théâtre qu'est là salle, le théâtre de nos balbutiements.
En pénétrant, je découvre la seconde partie de ce que sera notre public, une jeune femme, la vingtaine, ses traits ne sont pas particulièrement fin mais un charme d'une nature plus qu'inconnue se
dégage d'elle. Elle nous dévisage, esquisse un sourire moqueur et nous fait signe de commencer. Devant notre décor, un grand tableau blanc sur lequel défilent des images, commence le jeu de scène
de mon premier "camarade". Sa diction n'est pas brillante, il n'est pas assez sûr de lui, de ce qu'il va dire… le sourire moqueur de notre exécutrice s'étire en un rictus à la limite du
méprisant. Alors que les deux jeunes hommes se relaient à quelques pas derrière moi, mon regard ne quitte pas notre bourreau.
Mon tour vient enfin. Je suis motivée non seulement pour montrer ce travail de longue haleine dont je ne suis pas peu fière, mais également pour attirer une attention toute particulière sur
moi.
Je joue mon rôle, connais mes déplacements et mon texte par cœur… j'improvise de temps à autre, son sourire moqueur a laissé place à un regard intéressé. Au fur et à mesure que son rictus
disparaît, le mien s'agrandit. Une lutte se déroule dans cette arène. Une lutte dont chacune de nous veut à tout prix sortir vainqueur. On m'a souvent dit que mon regard était difficile à
soutenir… Aujourd'hui, j'ai la possibilité de m'essayer sur cette jeune créature. Tout en débitant mon texte et mes explications, mon attention est portée sur elle, elle ne cille pas, elle semble
avoir pris goût au duel et a la même volonté que moi d'en sortir victorieuse.
Le second juge prend la parole, le temps imparti est écoulé. Surprises par cette voix venant troublé notre jeu silencieux, nous détournons toutes deux nos yeux sur l'homme… il écrit deux trois
choses et relève la tête:
"Bien, nous allons maintenant vous questionner"
Il commence à poser ses questions aux deux jeunes hommes qui m'accompagnent. Le premier, un fiasco total, il ne saura répondre à aucunes de ces questions… le sourire moqueur n'est maintenant plus
seulement sur ses lèvres à elle mais également sur les miennes… Le second arrive à se démarquer de son ami, une où deux questions méchamment choisies le coince un peu mais il arrive à se
débrouiller relativement bien.
Viens mon tour, notre duel visuel reprend, ses questions sont plus vicieuses les unes que les autres elle cherche la moindre faille, un bourreau prêt à achever sa proie… oui mais quel bourreau!
Une vague de sensualité émane d'elle alors qu'elle tente une mise à mort… Elle ne tarde cependant pas à comprendre que mon sujet, je le connais sur le bout des doigts
et que la faille, elle a beau la chercher, elle ne la trouvera pas. Je contemple son visage déconfit avec une certaine satisfaction, un attrait se crée alors en moi… l'attirance que j'ai
ressentit tout au long de l'entrevue se transforme peu à peu en un désir ardent… sa voix dépitée retentit une nouvelle fois:
"Vous pouvez sortir"
Je pose sur elle un dernier regard, gravant ainsi son image dans mon esprit et sort de la salle…

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